Si mon travail artistique prend racine dans le morceau de bois tel qu’il s’offre dans son état brut, ce travail vise à apporter une aide consciente à la nature par la modification des formes, des textures, voire des couleurs.

Il s’agit pour moi de procéder à une transformation qui n’occulte pas la relation intime existante entre le morceau de bois et l’objet sculpté.

C’est effectivement cette relation que je souhaite mettre à jour, non pas en expliquant au public ce que j’ai voulu faire, mais en laissant chacun regarder, prendre en soi et avoir pleine liberté d’interpréter.

Si j’ai besoin de trois pages pour dire : voilà ce que j’ai voulu faire et voilà ce que cela veut dire, j’ai le sentiment de passer à côté de mon objectif qui est de vous faire éprouver une sensation, de susciter une émotion. Car, en multipliant les explications, je canaliserais votre perception, ce qui vous interdirait d’avoir votre propre approche de l’œuvre.

Autrement dit je souhaite que s’établisse entre vous et mes œuvres une relation nouvelle, différente de celle que j’ai pu entretenir avec elles.

Sous le regard du public, l’œuvre n’appartient plus à l’artiste. S’il consent à l’exposer, c’est qu’il est prêt à l’offrir en pâture visuelle et à céder son monopole d’interprétation.

C’est donc l’œuvre qui - de manière autonome, sans intermédiaire- doit s’adresser au public.

Je veux laisser parler le bois; à vous de l’écouter.

Le témoignage de Michel Lequenne critique d'art